À propos de nous ...

Pays de marches aux confins de Bretagne, de Normandie et du Maine, la région du Passais, (capitale Domfront en Passais), autrefois jusqu’à la Révolution un archidiaconé de l'Eglise du Mans, lequel reprenait les limites du pagus gallo-romain Cenomanicum et s'appuyait, au Bas Maine (actuel Nord-Mayenne), sur les doyennés de Gorron, Ambrières les Vallées et Lassay les Châteaux.

Il a formé de tous temps une contrée intermédiaire entre les provinces de l'Ouest que reliaient de très anciennes voies antiques. L'une d'elles, le "chemin potier", joignait entre eux les bassins des rivières de la Mayenne, de l'Egrenne, de la Sonce, de la Varenne et de la Vire, c’est une entité profondément marquée par ses caractères historique et géographique.

Son étymologie même, (passus = le passage), inscrit dans la mémoire des hommes les atouts d'une région de collines et de landes sauvages, de solitudes boisées, ainsi le Passais occupe une position privilégiée sur le plan stratégique qui fit de son histoire une des plus mouvementées des pays de l'Ouest de la France. Y fleurirent depuis la plus haute antiquité les mythologies et les hagiographies. Ce pays a fourni à la littérature médiévale quelques uns de ses plus beaux thèmes d'inspiration[1].

Une des caractéristiques du Passais demeure l'existence de traditions très ancrées dont nous devons l'origine moines défricheursdu 6e siècle, tel aintFraimbault à Lassay les Châteaux. En ce sens son histoire est exemplaire de celle de la Marche Armoricaine dont l’antique forêt de « Brocéliande » qui ne peut être réduite aux actuels bois de Paimpont, escaladait les reliefs, de Bellême à Vannes et d’Avranches à Sillé le Guillaume et Sainte Suzanne, en passant par les forêts de Nuz (Néau) et les déserts, de Lignières la Doucelle à Rennes en Grenouille.

 

La marche de Bretagne au Bas Maine, une réalité historique,

la constitution d'un territoire et de ses marches

Les Romains conquièrent la Bretagne insulaire –l’actuelle Grande-Bretagne - au 1er siècle. Et les populations qui vivaient dans l’ouest de la Gaule étaient celtes pour la grande majorité d’entre elles depuis la plus grande période de l’expansion celtique (3e siècle avant J.C.), ce qui n’allait pas sans conflits avec les francs voisins, d’où la constitution d’une marche bretonne par Childebert et Clotaire dans le cadre d’un traité avec le chef breton Waroc en 635 comme on va le voir.

La carte de Peutinger, établie dès 350, (voir anexe1), aujourd’hui conservée à la Bibliothèque nationale de Vienne et qui couvrait tout l’empire romain, montre à l’évidence dès cette époque très reculée la place occupée par la régionde Lassay/Domfront dans l’Armorique de l’époque.

Les Bretons ont à cette époque des relations constantes avec l’Armorique. Le départ des légions romaines au Ve siècle favorisant les invasions angles et saxonnes venues de Germanie ainsi que les raids des Scots d’Irlande et des Pictes d’Ecosse, les Bretons venus de Galles, Irlande et Cornouailles émigrent massivement vers l’Armorique, distante d’un ou deux jours de mer, entre le VIe et le VIIIe siècle.

Dès le Ve siècle, se constituent en effet de véritables états sur la partie occidentale et septentrionale de l’Armorique. Bien avant Clovis, les royaumes bretons de Vannes Rennes et Fougères sont rattachés au Regnum francorum.

Pour l’historien Jacques Boussard[2] (carte annexe 2), face aux peuples étrangers qui n’étaient pas soumis aux Francs, (dont les Bretons et les Vascons), après les longues guerres de Charles Martel et Pépin le Bref, « furent créées des marches destinées à s’opposer à leur expansion, ainsi le DucatusCenomanicus, devenu la Marche de Bretagne est assez bien connue pour les VIIIe et IXe siècles », marches évidemment fluctuantes en fonction des expansions et reculs des uns et des autres. Les rois francs ayant pris conscience de la nécessité d’établir une barrière contre les peuples de l’extérieur, organisent donc cette zone tampon ou Marche de Bretagne dont, pour les linguistes, témoigne le toponyme Guerche du francique werki (La Guerche de Bretagne) et encore l’appellation « rivière marchoise, que l’on retrouve reprise dans La Quête del Saint Graal et le Lancelot en Prose.

Car les immigrés bretons d'Outre-Manche doivent faire face aux tentatives de mainmise des puissants voisins francs, mérovingiens, puis carolingiens. A la suite de longues décennies de luttes, les souverains bretons Nominoë et Erispoë parviennent à tripler la superficie de leur territoire et à constituer un royaume dont les limites définitives seront fixées par le Traité d’Angers en 851.

Pour l’ouest de la Gaule, nous trouvons après le traité de Louviers en 856, 15 cités « marchissantes », côté franc dont Laval et son pays et 14, côté breton (carte annexe 3). En Mayenne, Laval, Mayenne et Château Gontier y figurent nommément. Car les bretons n’ont pas manqué de faire incursions comme l’indique Boussard, « dans les Vallées de la Mayenne » et il s’agit de s’en préserver en en faisant si possible des alliés.

L’organisation religieuse en découlera comme l’organisation militaire de la Marche et le chef de la Marche deviendra ainsi un duc ethnique dont on recherchera l’alliance plutôt que de le combattre (tel au IXe siècle Nominoë, duc Breton, devenumissus de Louis le Pieux et Charles le Chauve).Les marches s’organiseront alors en profondeur.

A la mort du roi Alain « le Grand » en 907, les grandes dynasties (Cornouaille, Rennes, Nantes…) s’affrontent pour le contrôle du territoire breton. Les envahisseurs vikings profitent de la situation. S’ensuivent 32 ans de conflits qui auront pour principales conséquences l’exil d’une partie importante des communautés religieuses, la perte des territoires conquis entre 851 et 867 (Cotentin, partie de l’Anjou…) et la transformation du royaume breton en duché.

En 947, Louis IV, roi des francs redonne en quelque sorte vie à la marche et crée la seigneurie de Bellême et Domfront, elle aussi en marche, sorte d’Etat tampon entre Bretagne, Normandie, Anjou et Ile de France. Il en confie la garde aux Bellême Talvas qui la tiendront jusqu’à l’expansion normande vers le Sud.Guillaume de Normandiese rendra maître du Passais en le faisant entrer dans sa mouvance en 1050. Il lui fallut encore bien des efforts pour s'en concilier les habitants dotés d'un fier esprit d'indépendance. Il garantit ses marches du sud en fortifiant Ambrières et Gorron conquis sur l'angevin.

De nombreux seigneurs bretons participeront à l’invasion de l’Angleterre en 1066 par le même,devenu Guillaume le Conquérant, qui liera ainsi de façon définitive le sort des bretons aux normands et ses successeurs aux angevins dans le cadre du royaume Plantagenêt.Et l’on sait qu’Henri II se réclamera de la royauté symbolique d’Arthur roi des bretons

 

Les marches bretonnes et l’hagiographie.

Un indice complémentaire de la position de marche bretonne de la région Lassay/Domfront, nous est fourni par l’influence exercée par les évêchés bretons sur les cultes du Bas Maine.

Ainsi nous trouvons à Céaucé et Banvou un culte à Saint Ernier, moine du pagus Erneiae, qui renvoie pour certains historiens au Lann d’Ernoc, saint breton de Landerneau.

L’évêché de Dol tient une place importante sur ces marches et son patron saint Samson, né à Glamorgan au Pays de Galles en 495, et mort à Dol vers 565 est l’un des sept saints fondateurs de Bretagne. Il a fondé l’abbaye de Dol de Bretagne. L’évêché de Dol était limité au Nord par l’Océan, au Levant par les diocèses d’Avranches et de Rennes, au midi et au couchant par celui de saint Malo. Il avait cette particularité d’avoir 40 de ses paroisses regroupées autour de son siège et 50 « en marche », dans des enclaves situées sur une ligne allant d’Angers sa plus ancienne paroisse) aux rives de la Risle. En particulier, à 6 lieues de Lassay les Châteaux, la paroisse de Saint Samson en Haute Mayenne témoigne de la marche en l’un des saint tutélaires de la Bretagne qui semble surveiller les Marches sur l’axe est/ouest.

On trouve encore une cuve baptismale plus au sud de la Marche, à Pleine Fougères au lieu-dit L’Ile Samson sur la route départementale qui relie aujourd’hui Pontorson à la Bretagne.

Fondé par Saint Samson et Judual, l’évêché de Dol avait ainsi liée partie avec Chidebert qui en usait comme une sorte de gardien de sa marche.

Au Passais, l’évêché de Dol jouxtait la paroisse de Banvou, la plus au Nord du Cenomanicum.

On trouve encore le nom de saint Samson dans un épisode du Tristan et Yseut composé par Béroul aux Marches du Cotentin à Mortain.

[1]Cf La Légende arthurienne et la Normandie, collectif dirigé par le Pr J-C Payen, Corlet, 1983.

[2]Boussard Jacques, L’ouest du royaume franc aux VIIe et VIIIe siècles, Journal des savants, 1973, p. 3-27, source Persée. Doi.10.3406/jds.1973.1276.

Association CENA Recherches Arthuriennes

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