La Route Arthurienne Normandie Maine et le Pays de Lancelot du Lac

« La chasse aux traditions orales procédait chez Chrétien de Troyes d’un autre contexte… Les traditions qu’il avait recueillies s’inscrivaient dans un imaginaire composite…Il s’opérait dans la construction de notre auteur tout un syncrétisme entre le folklore et la tradition des textes arthuriens antérieur… La littérature romane est alors en quête d’un statut culturel. En face d’une littérature cléricale qui s’obstine à cultiver l’héritage antique, les poètes vernaculaires cherchent à s’enraciner dans le terroir…Les romans du 13ème siècle livrent de manière plus brute encore certains contes…Tout se passe comme si les épigones de Chrétien se montraient encore de plus en plus attachés à transcrire des traditions orales qui leur paraissent à la fois fascinantes et riches de significations diverses ».

Professeur Jean Charles Payen, conférence au lycée de Domfront, 1983.

«Le Banoïc: le lieu de la naissance de Lancelot se trouve décrit et identifié, il s'agit de "la marche de la Gaule et de la Petite Bretaigne". La forteresse principale en est Trébe d'accès difficile "une petite rivière courait au pied du château,(...) sur la rivière, on ne pouvait mettre le siège, car il y avait un marais large et profond et, pour tout chemin, une chaussée étroite qui s'étendait sur plus de deux bonnes lieues". Autre précision, le "roi Ban avait un sien voisin qui marchissait à lui par devers Berri, qui était alors appelée Terre déserte" et "la prairie de Banoïc (s'étend) entre la Loire et l'Arsie", c'est là que Banin coupera la tête du sénéchal traître d'avoir livré à Claudas le secret de la chaussée des marais, ce qui déterminera l'assaut de Claudas de la Déserte contraignant Lancelot à son premier passage des eaux ».

Georges Bertin. Communication à la SMF. 1995.

« La forteresse de Domfront a été édifiée au début du XIIème siècle sur l’éperon rocheux qui domine le défilé de la Varenne, par le 3ème fils du Conquérant, le futur duc-roi Henri Ier Beauclerc. Du haut de son donjon, un des plus puissants d’Europe, la garnison contrôlait toutes les voies de passage vers la Normandie et l’Angleterre. - Les souverains Plantagenêt et leur cour ont très fréquemment séjourné dans ce château. - Le trouvère R. Wace y écrivit une partie de son Roman de Rou, et pourrait y avoir rencontré le jeune Chrétien de Troyes, dans les années 1160-1170. - Aliénor d’Aquitaine y mit au monde en 1161 une fille, prénommée Aliénor comme elle: elle épousera le roi de Castille Alphonse VIII et sera la grand-mère maternelle de Saint-Louis ; on lui doit la première diffusion des textes arthuriens dans la péninsule ibérique ».

Gilles Susong, Nouveau Guide arthurien Normandie Maine, 2011.

La route arthurienne Normandie Maine et le pays de Lancelot du Lac

Des collines du Perche aux Landes de Lanvaux, à toucher Vannes, du Mont Saint Michel et de Dol à la Cathédrale du Mans via Lassay les Châteaux, de Varenguebec à Angers via Montsûrs (le Mons securus), les marches de l’Ouest nous renvoient à la réalité d'un pays de transition matérialisée sur le plan géographique par ce que l'activité humaine nous a légué de l'antique forêt de Brecheliant ou Broleanez (le pays des fées comme l’attestent les nombreuses traditions féeriques recueillies dans cette région). Elle s'étire sur prés de 300 kilomètres d'Est en Ouest et de 120 kilomètres du Nord au Sud.

La Basse Normandie, l’ancien Maine, l’Avranchin, le Cotentin, le Perche, ont inspiré de leurs paysages, des folklores et hagiographies locales, comme de l’histoire mouvementée de ces pays de frontières, nombre de poètes et romanciers médiévaux. Après Henri 1er Beauclerc, Henri II Plantagenêt et Aliénor d'Aquitaine y firent maints séjours, tenant cour renforcée à Domfront en Passais, y accueillant clercs et lettrés, dotant tout le pays richement en foyers de culture au travers de l'abbaye de Lonlay et de ses prieurés fort nombreux en Passais et Outre Manche. Les rédacteurs de la Légende arthurienne aux 12ème et 13ème siècles venaient y puiser une partie de leur inspiration en fréquentant les cours des souverains anglo-normands-angevins à Domfront, Angers, Falaise, Caen, comme ils recueillaient dans les Abbayes Normandes des récits colportés par les moines et latimers d’un bord à l’autre du Channel, repris ensuite sous forme littéraire à la naissance de notre littérature romanesque.

De nos jours les toponymes de Moulins la Marche (Orne), de Brains sur les Marches (Mayenne), du Passais (de passus le passage), de Limors (Manche), de Neau (Mayenne), en attestent encore la réalité comme leur lien avec le légendaire arthurien.

Historiquement, la notion de bannat (juridiction de frontière à l'époque franque), vient la renforcer en établissant des Bansardières sur le pourtour de l'ancien pays des Cénomans, dont le Passais formait la partie la plus septentrionale, aux frontières des antiques pagi gallo-romains dont les circonscriptions ecclésiastiques gardèrent mémoire en leurs délimitations jusqu’à la Révolution Française.

Ainsi ces pays que nous étudions dans leur relation au légendaire arthurien sont des pays de marches, aux confins de Bretagne, de Normandie et du Maine, en leur cœur, le Passais a formé de tous temps une contrée intermédiaire entre ces provinces que reliaient de très anciennes voies antiques dont l'une d'elles, le "chemin potier", joignait entre eux les bassins des rivières de la Mayenne, de la Sonce de la Varenne et de la Vire.

Lorsque au 6éme siècle, St Innocent, évêque du Mans, envoie vers cette nouvelle Thébaïde des moines qui ont noms Fraimbault, Ernier, Bômer... pour y créer, avec leurs ermitages, les premiers ilots de la civilisation chrétienne, il est loin d'imaginer l'extraordinaire florès de hauts faits, de récits légendaires et de cérémonies pieuses, de fêtes, enfin, que ce petit terroir coincé entre Maine, Anjou, Bretagne et Normandie va pouvoir sécréter. Ce terroir du Passais, s'il a quelque chose à voir avec le pays des Grandes Merveilles dont parlent les anciens romans, a, de ce fait, servi de cadre et par là même condensé un grand nombre d'événements festifs qui en font, au plan symbolique, un lieu de passage, je tenterai de montrer Les légendes hagiographiques décrivant l'arrivée des moines civilisateurs du Passais au VIème siècle les représentent en effet souvent occupés à détruire les bois consacrés aux "faux dieux", telles celui des prêtresses d'Eros qui avaient élu domicile sur le territoire de l'actuelle paroisse de St Bômer les Forges, du nom du saint qui brisa les autels de leur culte, leurs idoles et menhirs. Ainsi qu'on le verra plus loin, les saints ermites fondateurs de la civilisation dans ces contrées retirées se trouvèrent tôt nantis, dans l'âme populaire, par une sorte de retour des choses, des vertus que l'on attribuait précédemment aux divinités des sources et des bois, le culte nouveau se superposant à l'ancien sans trop de difficultés au niveau de la pratique quotidienne.


La plus célèbre de ces figures est sans contredit possible celle de saint Fraimbault de Lassay (le porteur de lance du lac) en qui nous reconnaissons une figure qui a inspiré celle de Lancelot du Lac. Le parallélisme est encore frappant entre nombre de situations hagiographiques locales et la vie légendaire de quelque héros arthuriens.


Depuis maintenant 40 années, nos travaux de terrain visent à permettre aux visiteurs de nos régions comme aux amateurs et passionnés de légendes particulièrement arthuriennes de revisiter dans leur imaginaire en l’ancrant sur les terroirs ces monuments et paysages qui ont contaminé la rédaction de ce qui reste à la source même de tous nos romans.


L'une des forces de la théorie de l'enracinement folklorique de la légende arthurienne que nous avons développée depuis trente ans avec toute une équipe, c'est d'avoir mis en évidence l'importance de ce terroir qui, depuis la plus haute antiquité, est en correspondance avec l'Imaginaire de la Quête tant à travers des personnages emblématiques, les saints ermites fondateurs du VIème siècle que par l'inscription dans les toponymes, les coutumes locales, l'architecture religieuse et dans les paysages eux-mêmes du Passais, région de marches, qui en font "Le pays des Grandes Merveilles". Les chemins de la Quête du Graal passent par le Maine et la Normandie, du Mont Saint Michel au Mans et de l'abbaye de Perseigne à Domfront. Ainsi, le culte du Saint Graal est clairement manifesté dans les traditions populaires des Fêtes des Lances, au XIIème siècle, à la cathédrale du Mans et dans nombre de paroisses de son ancien diocèse dont celles de Champagné (toujours vivante de nos jours) et à Saint Georges de Rouellé prés de Barenton, paroisse où l'on trouve une légende arthurienne à "La Fosse Arthour" et nombre de toponymes aux résonances arthuriennes.

Association CENA Recherches Arthuriennes

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